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 Carnet de vocabulaire

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MessageSujet: Carnet de vocabulaire   Jeu 28 Nov - 20:29

Unenägu : Rêve (de uni, "sommeil" et nägu, "visage").

On peut deviner au visage endormi de quelqu'un si ses rêves sont paisibles où non. Je me demande à quoi je ressemble en dormant, vu certains de mes rêves. Après tout, c'est le seul moment où je ne pourrais jamais m'observer directement. Enfin, pour le moment, pratiquement personne ne peut me regarder dormir, c'est à peine si j'arrive à aligner plus de trois heures de repos par nuit.

J'ai mis un moment avant de comprendre pourquoi j'avais autant de mal à dormir. Il m'est déjà arrivé de trainer plus tard que prévu sur Internet, donc la fatigue ne m'a pas troublé outre-mesure, mais en général, j'arrive à rattrapper mon sommeil en retard, certes parfois en cours. Mais en ce moment, impossible de fermer l'oeil. Trop anxieux pour ça. C'était... lors de la troisième nuit, je crois ? C'est difficile de déterminer quand ça a commencé. Bref, je me suis reveillé en entendant des bruits de pas, le coeur battant, effrayé à l'idée que quelqu'un allait rentrer dans la chambre et nous sortir de nos lits pour nous emmener on ne sait où. Cela semble stupide, dit comme ça, il y a forcément une explication logique, peut-etre qu'un élève de notre aile c'était relevé pour aller aux toilettes ou quelque chose de ce genre. Et pourtant...

Et pourtant, je n'arrive pas à me débarasser de cette angoisse. A chaque fois que j'essaye d'être rationnel, des souvenirs de l'URSS me reviennent. La vie quotidienne passée dans la terreur, à se demander si son meilleur ami allait nous dénoncer pour critique du parti, à se barricader chez soi en se demandant si le chien à cessé d'aboyer parce que les inconnus en vêtements trop neufs pour être de simple civils sont partis ou parce qu'ils l'ont fait taire, à craindre pour sa vie car le cousin qui avait rejoint les Frères de la Forêt a été retrouvé alors qu'on avait témoigné de son départ vers un autre village.

Il y a une anecdote sur ça de Vanaemme qui m'avait beaucoup marqué, à l'époque où elle me l'avait raconté. Il faut dire que ce genre d'histoires, c'est plutôt Vanaissi qui me les racontait, la spécialité de Vanaemme, c'était les contes. Je ne suis plus sûr de pourquoi elle me l'avait raconté, d'ailleurs. Quand elle était toute jeune fille, elle s'était rendue, un matin, chez des amis de ses parents leur passer une conserve de champignons de lait, et avait trouvé porte ouverte, le lait encore tiède dans les tasses et le pain noir déjà découpé, comme s'ils étaient partis dans la précipitation. Sauf qu'un départ en urgence n'expliquait pas les cendres de cigarettes sur la table alors que personne de la maisonnée ne fumait, ni les traces de botased dans la boue – personne par ici ne portait de ces baskets, ou alors en aurait pris plus de soin que cela, c'est si dur à trouver, une paire de chaussures. Bien sûr, on ne les a jamais revu. Quant à la direction où ils ont pu être emmené... Il n'y a guère qu'une seule direction. Ce n'est pas comme si c'était exceptionnel, à cette période, juste moins impressionnant que les déportations de masse. C'est sur que s'il avait continué au rythme de presque 60 000 personnes par an comme en 40-41, je crois bien que mon rôle à l'académie n'existerait pas faute d'estonien encore en vie. Et dire qu'un élève a osé m'appeller le pays Balte le plus chanceux... C'est peut-être vrai pour ces dernieres années, mais à ce que je sache, il y avait moitié moins de gens de Lettonie ou Lithuanie dans les camions pour la Sibérie... Arg, mais qu'est ce que j'écris, à me relire, on dirait que je cherche à faire une compétition de qui à la pire histoire, alors qu'en fait... J'ai juste peur des souvenirs que j'ai encore à avoir alors que j'ai déjà tellement de mal avec ce qui me reviens en ce moment, et il y a tellement de choses que j'aimerais dire et que je ne sais pas comment exprimer, que ce soit en anglais ou en estonien, et je pensais qu'écrire m'aiderait à mettre des mots sur ce que je ressent mais au final j'écris et j'écris et j'ai l'impression de perdre mon temps. Je ferrais mieux d'aller voir quelqu'un pour m'aider. Je me demande si Lituanie à déjà retrouvé les souvenirs de cette période, peut-être pourrait-il me donner un conseil ou deux, mais cela impliquerais de pouvoir lui parler et le voir ; il est tellement surchargé de travail, en ce moment, c'est dur de ne serait-ce que l'apercevoir. Je vais finir par croire que lui aussi a disparu, tiens.

Je me demande comment des gens ont pu vivre comme ça durant des decennies, à voir les gens proches d'eux disparaître aussi vite et à se demander si -à se demander quand leur tour viendra. Cela ne fait même pas deux semaines que j'ai des souvenirs qui me viennent et je n'en peux déjà plus, alors que logiquement je n'ai rien à craindre. Comment est-ce qu'ils arrivaient seulement à fermer les yeux, en sachant qu'ils serraient peut-être obligés de les ouvrir au milieu de la nuit car quelqu'un les tire en dehors des couvertures ? Comment est-ce qu'ils pouvaient seulement se faire confiance alors que les membres du parti étaient partout, que même son propre frère ou sa fille pouvaient les dénoncer pour un rien, pour ne pas être vu comme des complices, alors que moi qui suis tranquille à l'Academie, je ne cesse d'imaginer des pièges à mettre dans mes affaires pour être sûr qu'elles ne sont pas fouillées, alors que je manque d'agresser les gens de ma classe pour m'approcher trop brusquement ou ramasser les affaires que j'ai fait tomber ? Ca me porte sur les nerfs de surveiller mes environs constamment, à chaque mouvement entre-aperçu...

J'espère que ces souvenirs passerons rapidement. Le mois de décembre approche, ce serais dommage que je manque les fêtes de fin d'année alors que j'ai déjà manqué Mardipäev et Kadripäev ce mois-ci. L'anniversaire de Finlande est dans quelques jours, il faut que je rappelle à Issi de m'envoyer ce qu'il faut. D'ailleurs, il faudrait que je passe en ville chercher des cadeaux pour toute la famille... Au moins, ça me distraira. Je passe trop de temps à ruminer mes pensées déplaisantes dans les dortoirs, ça me ferait pas de mal de changer de location de temps en temps. Peut-être devrais-je également aller plus en salle communautaire ? D'autant plus que j'aurai moins de chance d'y croiser Russie. Quoique, il y est passé la dernière fois que j'y suis allé, mais au moins j'ai pu empêcher Lettonie de faire quelque chose de regrettable. Il le sait, pourtant, que désobéir à Russie ne fait qu'empirer la situation ! Ce n'est pas comme s'il était son seul souffre-douleur, il pourrait faire attention ne serait-ce que pour éviter aux autres de nettoyer les pots cassés. Et puis ça lui ferait le plus grand bien, déjà qu'il culpabilise même quand il n'a rien fait... C'est que cela doit être fatiguant, à fondre en excuses dès qu'on lui dit trois mots. Personnellement, ça me fatigue rien que de l'entendre. Je veux bien m'investir un peu plus en raison que nous soyons pays voisins, donc bientôt ammenés à travailler beaucoup ensemble dans l'éventualité ou nous finissons tout les deux l'enseignement de l'Académie, mais... je ne peux juste pas me sentir proche de lui. Peut-être est-ce juste la mentalité Balte qui m'échappe. Je viens d'un pays fennique, après tout.

Je me demande si au final, c'est une bonne idée d'écrire tout cela. Est-ce que cela ne va pas me rappeller de mauvais souvenirs si jamais je relis ce fichier plus tard ? Ce n'est pas comme si quelqu'un d'autre y aurait accès, avec toutes les protections dont bénéficie mon ordinateur. Bah, ça ne me coute rien de le conserver pour l'instant. J'ai passé du temps à l'écrire, je pourrais toujours le supprimer plus tard si effectivement, il se revele contraignant.
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MessageSujet: Re: Carnet de vocabulaire   Jeu 5 Déc - 20:30

Jõuluööeelootusaeg : Le temps d'attente avant le reveillon de Noël (de Jõulud, "Noël", öö, "nuit", lootus, "espoir" et aeg, "temps")

Je ne suis pas quelqu'un de religieux, mais Noël a toujours eu une influence bénéfique sur mon humeur. Plus sympathique. Plus prompt à faire des efforts. Je dors mieux, aussi. Au fil des ans, j'ai du abandonner des fêtes les unes après les autres, mais au moins, j'aurai toujours Noël. Quand j'ai demenagé à Tallinn, vers 8 ans, j'ignorais que Märdipäev et Kadripäev n'étaient fêtés guère que dans les campagnes, et que si l'on allait chanter et bêler d'immeuble en immeuble pour avoir des bonbons, en ville, la porte nous était fermé au nez. J'ai eu un certain lot de moqueries en cours pour avoir suggeré de se déguiser en clochard ou en bergère, et Emme n'a rien arrangé en disant que j'étais un peu grand pour cela. J'ai recommencé plus ou moins à les fêter à ma manière une fois à l'Académie, mais sans personne avec qui fêter cela, ça perd un peu de son charme ? Je veille tout de même à porter des vêtements bruns ou blancs ces jours-là en dehors de l'uniforme, et à chanter les comptines de mon côté. Je ne jette pas de graines par terre, par contre. J'avais acheté un sachet, une année, mais c'est plutôt cher pour au final obtenir une poignée, et je dois avouer que nettoyer avant que d'autres personnes ne me surprenne dans les dortoirs a quelque chose de frustrant. Au moins, j'ai pu donner le reste aux oiseaux, c'est toujours attendrissant à observer. Noël, au moins, je n'ai jamais à me soucier de ne pas le fêter ou d'avoir à me cacher pour le faire, tout du moins tant qu'une hypothétique troisième union sovietique n'ai pas décidé de prendre le contrôle de l'Academie. Savoir que je ne pouvais plus participer aux festivités de Novembre a en quelque sorte amplifié mon interêt pour cette fête, d'autant plus que je n'ai plus à accompagner Vanaemme et Vanaissi à la messe de minuit. Alors, certes, tout le monde ici ne va pas au sauna ou ne considère le boudin noir à la confiture d'airelles comme un incontournable de ce soir là, il y a de toute façon tellement de traditions différentes avec tout les élèves que ça passe inaperçu. Même parmi ceux qui ne le fêtent pas, l'ambiance est agréable.

J'ai appellé Issi pour savoir s'il avait envoyé le paquet, et il m'a suggeré de revenir au pays pour les vacances de fin d'année. Cela m'a surpris, car je ne rentre que pour l'été, le voyage étant coûteux et les autres vacances ne me laissant pas le temps d'en profiter. Apparement, c'est parce que je n'ai pas vu mes grands-parents cette année. Pas Vanaemme et Vanaissi, mais les autres, les paternels. Ceux de Saaremaa.

...Je n'ai pas vraiment envie de les voir. Ils sont trop extravertis, "comme seul les Saarlased savent l'être". Issi leur a dit, une fois, que j'adorais les histoires, et depuis ils cherchent à m'en raconter le plus possible, une bière brune à la main dont ils me filent quelques gorgées quand Emme ne regarde pas. Mais Vanaisa Heino n'a pas l'art de raconter de Vanaissi, et il utilise des termes choquants. J'ai déjà essayé de lui faire comprendre que "radis", c'était un terme désobligeant, qu'après tout aucun citoyen estonien ne tenait spécialement à être communiste, mais tout le monde ne peux pas se permettre de faire ce qui lui chante sous pretexte qu'il vit sur une île, tu n'utiliserais pas ce genre de mot, Vanaisa, si toi aussi tu avait été sur le continent au lieu de te calfeutrer dans ton coin. Mais non, à chaque fois il reprend, redit exactement les mêmes mots, "Tu vois, gamin, les 'radis', ils ont peut-être un coeur blanc d'estonien, mais à l'extérieur ils sont rouges, aussi rouge que n'importe lequel de ces fichus ruskovs !" et moi je serre les dents car je sais que mes grands-parents, mes vrais grand-parents, ceux qui m'ont élevés, ont fait les pionniers et le komsomol et ont chanté l'Internationale et l'Hymne de l'Union Sovietique même si Mu isamaa on inu arm leur brûlait les lèvres, parce que pour avoir un travail décent et survivre en URSS il n'y avait pas un kurat de choix, ce n'est pas comme s'ils pouvaient se permettre de tout quitter pour aller à l'autre bout du pays sur des îles dont plus personne ne se soucie depuis que l'époque des pirates estoniens est terminée. Et puis, c'est inévitable, à chaque réunion de famille, il y a la fameuse discussion sur l'origine du nom von Bock, comment est-ce que des paysans estoniens ont pu acquérir un nom pareil sans chercher à en changer dès le XXeme siècle, et chacun ressasse les mêmes théories en plaisantant, et cela m'énerve, comment peuvent-ils rire d'un nom pareil comme s'ils n'avaient jamais souffert à cause de lui, comment moi suis-je sensé rire en sachant tout ce qu'il m'a apporté de problèmes, et Emme qui en rajoute une couche en disant qu'elle n'est pas prête de se marier si elle doit porter un nom aussi ridicule, je deteste quand ils font ça, je les deteste, je les déteste tous, il n'est pas question pour moi d'y aller.

Mais, d'un autre côté, il y aura cousine Liide, qui vient exprès alors qu'en tant qu'orthodoxe elle fête Noël deux semaines plus tard. Après toute les nuits qu'elle a raccourci pour rester me parler un peu plus longtemps sur Skype, je peux au moins supporter ça pour la voir. Et puis, comme ça, je pourrais enfin lui montrer comment faire des achats en ligne, qu'elle arrête de recourrir à moi pour obtenir des livres en version originale, cette fois-ci, c'est la dernière, et c'est bien parce que c'est Noël. Il faut d'ailleurs que je pense à mettre la liste sur Evernote que j'y accède depuis mon portable, ce serait bête de se retrouver en librairie sans aucune idée de quoi acheter, surtout si je me fais accompagner. Mais, étant donné qu'Issi m'a dit avoir déjà acheté quelque chose 'de ma part' pour les grands parents, que le cadeau pour Emme est en cours de livraison et que j'ai déjà envoyé mon colis pour Vanaissi et Vanaemme, il ne me reste que les livres et quelque chose pour Issi. Peut-être devrais-je annuler mes achats en ville et me débrouiller avec le net... Mais Lettonie avait vraiment l'air enthousiate à l'idée de cette sortie... Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas la première fois que je l'ai observé sourire comme ça... D'habitude, il est plutôt en train de pleurnicher ou de trembler et bredouiller ou de se faire mal ou de dire quelque chose qui ne faut surtout pas dire à la mauvaise personne et juste y repenser me donne envie de crier son nom et... je crois que je devrais essayer de me calmer, après tout ce n'est qu'une sortie, aucune raison d'en faire tout un plat. Il devait juste être de bonne humeur ce jour-là, il n'y a aucune raison à ce qu'il le prenne mal si j'annule. Et puis, nous n'avons même pas reparlé depuis de ce sujet pour prévoir un lieu et une heure, c'est donc bien qu'il ne s'en soucie pas.

...Je ne vois même pas pourquoi je cherche à me justifier. Ça doit être cette histoire de vacances qui me porte sur les nerfs.
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MessageSujet: Re: Carnet de vocabulaire   Dim 8 Déc - 21:19

Hallivanamehe : du vieil homme gris ; notamment le nom d'une rue de Tallinn. (De hall, « gris », vana, « vieux » et mees, « homme »)

Il y a une légende sur le lac Ülemiste, le plus proche de Tallinn, qu'un vieillard y habite et demande à toute personne qui le croise si la construction de la ville est achevée. Si quelqu'un commettrait le malheur d'approuver, alors les eaux du lac se soulèverait pour aller inonder la cité. C'est pourquoi la capitale est sans cesse dans de nouveaux travaux quand les anciens sont terminés, toujours mouvante et jamais complétée. Si elle stagnait, elle se ferrait engloutir par le lac.

C'est quelque chose dont les gens devraient se souvenir, ça : ne jamais considérer tout comme achevé et chercher à toujours progresser. Ne pas abandonner et déprimer dans son coin en attendant d'être noyé. C'est une attitude que je n'apprécie pas.

Hier, Lettonie avait cette attitude. A cause de Russie, évidemment. Ou de moi. Je ne sais pas, en vérité, si c'était cette histoire de devoir interpréter Juliette dans un morceau de la pièce de Shakespeare, brillante idée du ruskov, ou le fait que j'ai accepté sans seconde pensée. La seconde, apparemment, vu que j'ai proposé de jouer Juliette sans qu'il n'ai vraiment réagit. Ça me dépasse, qu'on en vienne à ce disputer pour ça. Quand est-ce qu'il comprendra que se révolter ne servira à rien d'autre que d'aller visiter l'hôpital ? Est-ce qu'il faut qu'il se brise un os pour que ça lui rentre dans la tête ? Pas l'os, hein, mais la compréhension que c'est inutile. C'est malin, je me suis mis une image assez déplaisante en tête. Ça n'arriverais pas si j'écrivais en estonien. Je devrais, tiens, ça me ferrait du bien après avoir passé je ne sais combien d'heures sur les devoirs de Russie. Au moins, je ne suis pas prêt d'oublier comment imiter son écriture. Je me demande si ça pourrait servir pour falsifier des lettres pour manipuler d'autres élèves. Je me sens comme un vendeur de vêtements d'occasions, en URSS, à trafiquer des reçus pour que les inspecteurs du fisc qui lisent le registre constatent que, effectivement, telle veste ou tel pantalon a bien été rapporté de l'étranger par un quelconque marin, et ne vient pas d'échanges leti alt, sous le comptoir, même si en réalité c'est la seule chose qui fait vivre la boutique. Ceci dit, si la supercherie est révélée, je doute que cela ne finisse bien pour moi... a voir, donc. Toujours se montrer prudent avec ce genre d'affaires. C'est quelque chose que j'aurai du mentionner à Lettonie, ça, avant qu'il ne parte de la salle, que si Russie fait moins de mal à moi qu'à lui ou Lituanie, c'est peut-être parce que je suis le seul à avoir le bon sens de réfléchir avant de parler. Bluh bluh bluh, je préfère que ce soit eux qui prennent, oh, désolé, j'ai du oublier de signer le contrat comme quoi je dois payer pour les énormités des autres. Le soutien, ça va un moment, mais la survie passe avant tout.

...Oh, non, je ne voulais pas me rappeler de cela.

Je me souviens avoir séché les cours, une fois. C'est assez simple, à Tallinn, vu que je n'avais personne pour m'accompagner ou venir me chercher à l'école. Quant à pourquoi j'ai décidé de sécher... Et bien, je n'avais pas vraiment de raison. Enfin, pas plus que d'habitude. Ce qui, je suppose, reviens à dire que j'avais beaucoup de raisons de ne pas rejoindre mes petits camarades. Enfin, petits, ils étaient tous plus grand que moi. C'est entre autres pour cela que... bref, au lieu de suivre la route pour l'école, je me suis gentiment égaré. Je n'ai jamais vraiment eu de problèmes pour me repérer, même dans les quartiers où je n'étais jamais allé. Peut-être que c'est un don de nation, je ne sais pas. J'ai entendu parler d'un élève au club de musique qui serait capable de se perdre dans sa propre maison, donc je ne m'avancerais pas sur cette théorie. Et en traînant près de Toompea, j'ai rencontré cet homme, ce vieil homme tout de gris vêtu, qui m'a interpellé. Je me suis demandé un instant si ce n'était pas le viel homme de la légende, mais non, on n'était pas au lac. En fait, c'était pour une histoire de monnaie. Il n'arrivait pas bien à se rendre compte combien ses couronnes faisaient, en roubles, et il avait peur de faire un achat trop important. Il y a beaucoup d'amis de mes grands-parents qui avaient -qui ont toujours- du mal avec le changement de monnaie, et même maintenant, alors que l'euro s'est installé, ils pensent toujours avec la monnaie soviétique. Je n'avais rien d'autre à faire, et, ma foi, cette histoire de monnaie l'avait rendu sympathique à mes yeux, donc je l'ai accompagné. Et puis quand on allait passer par la rue Pagari, il s'est arrêté et à voulu faire un détour. C'était surprenant, mais je n'ai pas cherché à avoir des explications. D'ailleurs, je m'en serrais bien passé, mais il a quand même tenu à se justifier, un peu plus tard.

Cet homme avait été un Frère de la Forêt. Il avait fait parti de la Légion Estonienne, sous occupation allemande, et quand les russes avaient débarqués une fois de plus, il n'était pas question de se soumettre, non non non, alors il est parti se cacher avec les autres hommes. Beaucoup se sont fait attraper, des erreurs bêtes, des faux passeports soit disant sûrs mais qui étaient marqués, ils se sont fait arrêter à la frontière, ou alors faire un feu au bois de bouleau, un coup à se faire attrapper par les sentinelles les plus idiotes, ça. Lui, il n'a pas tenu à dire. J'étais trop jeune pour savoir. Sachant que cela incluait une fille, ce serait pas étonnant que ce soit en allant chez un vénérologue. Bref, le NKVD l'a attendu à l'arrivée. C'est après qu'il a eu l'occasion de connaître la rue, enfin une partie, less petites cellules de séquestration, à attendre l'interrogatoire, la torture, sans savoir quand est-ce qu'il receverait une balle dans la tête. Pas étonnant qu'il n'ait pas envie de ressasser ce genre de souvenirs.

Mais il ne s'est pas arrêté là. Il m'a parlé du choix qu'on lui avait fait faire, lors de son dernier interrogatoire. A ce point là, je n'osais plus rien dire, mais un tel étalage, ça me faisait peur. Comment pouvait-il raconter cela, alors que n'importe quel citoyen lambda ne sort pas un mot sans avoir bu deux bières avant, peut-être qu'il avait bu aussi ? Mais j'aurai du l'arrêter. Je ne voulais pas savoir, moi, les longues descriptions que les soldats donnaient, non, la fusillade n'est pas douloureuse, un coup rapide, on ne sent rien, par contre, vos parents, les pauvres, s'ils devaient partir en Sibérie, ils n'en reviendraient jamais, à leur âge, attendez, laissez moi vous raconter encore une fois comment les camps se passent, avec les mines et le froid, les 300 grammes de pain par jour et les dents qui tombent, la croissance qui s'arrête, les pauses toilettes au milieu de la nuit en sous-vêtements à -40, -50°C, mais dites moi, vous êtes sûr que vous ne voulez pas nous aider à les arrêter, vos amis ? Vous seriez considéré comme un héros.

Il n'a pas dit la suite. Mais il était vivant, devant moi, sans une trace de balle dans la tête. Pas la peine de demander ce qui était arrivé aux autres Frères de la Forêt. Je ne sais pas combien de personnes il a trahi pour l'assurance de trois vies. Ça m'a marqué, cet événement là. Je n'ai eu de cesse de le repenser, à la maison, combien de personnes je serais prêt à sacrifier pour ma famille, ne serait ce que pour Vanaemme ou Vanaissi, ne serait-ce que pour moi, pour que la douleur cesse, qu'est ce que j'aurai donné, à l'époque, pour que les autres à l'école m'ignorent enfin ; et aujourd'hui, pour combien d'élèves je serais prêt à fermer les yeux juste pour qu'on me laisse tranquille.

Et bien, Lettonie m'a donné la réponse, n'est ce pas ?


...C'est ridicule. Je ne peux pas comparer quelque chose d'aussi atroce à ce que Russie nous fait subir. Il n'y a rien qu'ils ne puissent – rien que nous ne pouvons endurer. Et puis, ce n'est pas juste pour être tranquille, je suis sensé devenir une nation, comment je peux protèger mes citoyens si je n'arrive même pas à me protéger, moi ? D'ailleurs, je ne vois pas pourquoi je cherche à me justifier. Moi, au moins, j'ai décidé que je m'en sortirais, au lieu d'abandonner. Je conserverais la tête hors de l'eau, comme Tallinn ne se laissera jamais submerger.
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MessageSujet: Re: Carnet de vocabulaire   Mar 21 Jan - 23:16

Leiliviskaja : La personne qui, au sauna, est chargée de verser de l'eau sur les pierres chaudes pour produire de la vapeur. (De leili, « vapeur », et viskaja, « lanceur »)

Je suis retourné chez moi pour les fêtes de fin d'année. Je ne tenais pas spécialement à en parler ; l'Estonie, la maison, tout ça... Je ne peux juste pas sélectionner un passage de ce que je voudrais dire et laisser le reste à une éventuelle autre fois, il me faudrait tout raconter en long et en large, dans le moindre détail, et... et je ne tiens pas spécialement à me remémorer de choses que je ne suis même pas sûr de voir cette année. Et pourtant, Dieu sait que j'ai besoin de retourner au pays, une fois par an n'est juste pas suffisant, mais qui suis-je pour me plaindre alors que le dortoir est rempli d'élèves n'ayant pas mis le pied en dehors du territoire américain depuis leur arrivé à l'Académie ?

Si je tiens tout de même à mentionner malgré tout ce voyage, c'est en me remémorant une conversation que j'ai eu au sauna avec Liide. Ça aussi, c'est quelque chose qui me manque, ici, mais je ne peux pas me permettre d'y aller seul, alors qu'il m'est impossible de garder mes lunettes, et les accidents que je peux provoquer en jouant le leiliviskaja sans rien voir sont juste trop importants pour que je prenne le risque. D'ailleurs, Soome m'avait invité au sauna, il serait peut-être temps que je lui réponde ; il est passé me rendre visite à l'infirmerie, donc il comprendra mon retard.

Ma très chère cousine à moi, donc, m'a dit quelque chose qui m'a marqué. La conversation en elle-même, je ne suis plus trop sûr, mais cela devait être à propos de l’Académie, comme d'habitude. Même si elle n'osera jamais le dire à vive voix, Liide est déçue qu'il n'y ai pas de représentant des Võros ou des Setos, alors que des micronations non reconnues sont dans nos rangs, donc elle traque la moindre information dans mon discours sur nous autres curiosités que nous sommes, nous, les nations, même si je ne saurai dire ce qu'elle compte en faire... j'essaye d'éviter le sujet en parlant de choses personnelles. Comme cette fois-là, surement. Après tout, entre lui raconter comment j'en suis venu à devoir jouer un extrait de pièce de théâtre et mes tentatives infructueuses d'empêcher cela, je devais bien avoir du matériel, même si avouer que j'ai accepté de me laisser bâillonner n'est certainement pas dans ma liste des priorités. Tiens, d'ailleurs, il faudrait que je regarde où en est le pays au niveau des sourds, mal-entendants et muets, je ne me souviens pas avoir jamais entendu parler de cours d'ESL, et j'ai quand même habité dans la capitale. Ça fait aussi parti de notre rôle de nation, de se préoccuper de cela. Et ça me permettrait de ne plus me tourmenter avec les mêmes pensées.

« Tu es quelqu'un de bien difficile à satisfaire. »

Sur le moment, qu'elle me dise cela, ça ne m'avait pas frappé plus que cela. L'effet relaxant du sauna, peut-être. Mais, après deux semaines de mésaventures, je ne peux m'empêcher de revenir sur ces mots.

Je le reconnais, je suis difficilement heureux. Même si, momentanément, je peux me sentir joyeux, je me retrouve très vite rongé par l’anxiété et la pression. C'est ma personnalité qui veut cela, je suppose. Cela ne me gêne pas ; après tout, pour satisfaire son propre bonheur, une unique personne est capable d'en piétiner une multitude d'autres, il est donc tout a fait sain de souhaiter une vie paisible, sans bonheur mais sans malheurs non plus. Une existence tranquille, cela me suffirait amplement.

Même si je dis ça... J'avais espoir qu'en devenant nation, cela changerait. On doit penser d'abord au bonheur de notre peuple, qui sait s'il n'y a pas une satisfaction à achever ce rôle, une joie par procuration ? C'était égoïste de ma part de penser cela, devenir nation pour mes désirs personnels, alors que, par devoir, j'aurai du refuser pour laisser la place à quelqu'un de plus compétent. D'ailleurs, je n'ai même pas douté un instant d'avoir les capacités nécessaires. Trop arrogant pour cela. Autriche avait bien raison sur ce sujet-là, et bien sûr, il a fallu que Russie me frappe jusqu'à intervention d'un surveillant pour que je me rende compte de mon incompétence...

Au fond, je ne suis pas très différent d'un leiliviskaja : c'est juste que je verse des insultes à la place de l'eau, et c'est l'autre slave qui sert de pierre. Je ne devrais pas m'étonner de me retrouver en situation périlleuse après cela... Et peut-être, qu'effectivement, je devrais laisser quelqu'un d'autre faire à ma place. Je n'en peux plus de détourner l'attention de Russie encore et encore, d'essayer d'arrêter l'inévitable et de me montrer responsable dans tout ce que j’entreprends. Je vais accepter sa proposition.


...Mais je ne rejoindrais pas le dortoir. Pas maintenant. Je sais que, tôt ou tard, je serais forcé. Quand bien même les surveillants rateraient la présence d'un couple d'élève dans une salle de club bien après le couvre-feu, Russie ne nous laissera pas faire, Lettonie et moi. Quand bien même, je veux tenter l'expérience, ne serait ce qu'une nuit, ne serait ce que quelques heures, pouvoir dormir et savoir que je ne suis pas dans la même pièce qu'une menace constante... Et, tant qu'à faire, autant emmener Lettonie avec moi. Enfin, j'ai proposé cela un peu à la va-vite, je ne sais pas ce qui m'a pris de lui demander de m'accompagner dans cette fuite, mais... je crois que c'est un bon choix ? C'est ridicule, il y a deux mois encore, je ne me serais pas encombré d'une personne qui rendra les choses bien plus difficiles, et tant pis si je m'en voudrai après. Non pas que ça aurait été le cas.

… Maintenant que j'y pense, je me demande ce qu'il est en train de faire.
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MessageSujet: Re: Carnet de vocabulaire   Mar 3 Juin - 15:18

Luupainaja : cauchemar. (de luu, « os », et painama, « hanter »)

Je n'ai presque pas dormi de la nuit. Je n'ai eu de cesse de me retourner, plonger dans le sommeil et me réveiller en sursaut. J'ai fait un mauvais rêve. Et pas l'un comme cette fois où j'ai rêvé que tout les membres de l’Académie s'étaient transformés en membres du sexe opposés, non, mais le genre de cauchemar qui marque et nous hante, nous fait frissonner au plus profond de nos os, le genre de menace indescriptible mais qui nous pèse.

Un cauchemar dont on ne peut se réveiller, car nous n'étions pas endormi en premier lieu.

Russie m'a enfermé avec lui dans la salle de bain du dortoir hier. Je... Je ne sais pas combien de temps s'y est écoulé. Ses coups étaient si nombreux, si forts, rien que d'y repenser, je...

Mon visage me fait encore mal. Je ne suis pas allé à l'infirmerie. En fait, depuis que Russie m'a abandonné sous une douce glacé, je n'ai réussi qu'à me traîner jusqu'à mon lit. Mes vêtements sont en fouillis par terre, mon lit a des traces d'humidité, et les professeurs doivent se demander pourquoi je rate des cours alors que les examens sont si proches.

Je n'ose pas les voir. Ni l’infirmière. Ni personne. Je ne veux pas qu'on me voit ainsi. On va me poser des questions. Qui est coupable. Où ai-je été frappé. Est-ce que cela fait mal.

...Je ne veux pas revivre ce moment. J'ai peur.

Mais je dois voir Raivis. J'ai commencé à l'aider dans ses révisions, et je lui ai promis une sortie s'il s'en sortait. Pas une au parc à manger des glaces comme il y a quelques jours, mais au bar. Je dois voir Ukraine, aussi. Lui demander de l'aide. J'ai besoin d'améliorer mon russe. Mais je ne veux pas rester dans la même pièce que son frère...
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MessageSujet: Re: Carnet de vocabulaire   Jeu 9 Oct - 13:39

Jäääär : le bord de la glace (de l'estonien jää "glace" et äär "bordure")

J'avance en terrain glissant, ces derniers temps. Je prend de plus en plus de risques.

Déjà, cet été, j'ai été imprudent lors de mes conversations au téléphone. Liide m'a entendu glisser des mots doux dans un mélange d'estonien et de letton, elle a vite compris ce qui se tramait entre moi et Raivis. Et puis, en balade aussi, j'ai été un peu plus audacieux. Résultat, une chute, et neufs petits points qui refusent de partir sur l'épaule droite. Liide les appelle « les cratères de Kaali ». Enfin, je prèfere que ce soit du à du gravier qu'à des chutes de météores…

Depuis la rentrée aussi, je prend des risques inutiles. Donner des cours à Corée du Nord, laisser Prusse me liguer contre Russie… Maintenant, au moindre faux-pas, je glisse et tombe dans le précipice.

J'ai un peu peur pour moi, mais aussi pour mes proches. Je ne veux pas qu'il arrive du mal à Lettonie. Ni à Soome, d'ailleurs, il est tellement prompt à venir en aide en cas de bagarre. Danemark… Bah, au point où en est son sens de la logique, un ou deux coups de plus ne lui ferront pas de mal. Je me demande s'il devinera que c'est moi qui ai mis du poil à gratter dans ses sous-vêtements. Cela lui apprendra à se moquer de moi et Raivis en salle commune.

Mais… C'est normal, que je m'expose avec Lettonie, avec tout ce qui s'est passé ces derniers temps en Estonie. Toutes les protestations, à la fois contre et pour la loi qui est passé aujourd'hui. L'union entre gens de même sexe est désormais autorisé, mais il s'en est fallu de peu. C'est la faute aux russes, tout ça. Enfin, j'espere que maintenant que la loi est ennoncée, je n'aurai plus ces voix dans ma tête, ni ces troubles à ce sujet. Timo va être content, lorsque je lui annoncerait la nouvelle, lui qui semblait si perturbé que j'ai du mal avec ça.

...Et peut-être que l'on abordera moins le sujet, et ces rumeurs stupides arrêterons. Qu'on pense que j'ai des vues sur Finlande, c'est perturbant mais ça peut se comprendre d'un œil extérieur. Mais, Suède ? Pas vraiment mon style. J'ai déjà du mal à me faire à l'idée que lui et Timo sont ensembles. J'espere que tout se passera bien… En attendant, il faudra que je surveille mes mots en leur présence. Il faut être prudent lorsqu'on est au bord de la glace.

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